La
colonne de Juillet - Place de la Bastille
Difficile
d’imaginer la place de la Bastille vide ! C’est pourtant
ainsi qu’elle se présentait en 1792 lorsque la Convention
vota la construction, sur le terrain vague qu’occupait précédemment
la sinistre prison royale, d’une grande tour en hommage aux
martyrs de la Révolution.
Le
projet ayant été abandonné, faute de financement, Napoléon
décida, en 1808, de faire ériger une fontaine gigantesque
à l'emplacement de l’ancienne forteresse. Un texte signé de
sa main, en date de 1810, détaille le monument : "
un éléphant de bronze, fondu avec les canons pris sur les
Espagnols insurgés. Cet éléphant sera chargé d'une tour à
la manière des Anciens, et l'eau jaillira de sa trompe".
De nombreuses gravures de l’époque en présentent les plans.
Le monument devait mesurer 24 mètres de haut, un escalier
à vis situé dans une de ses pattes aurait permis d'accéder
au sommet.
Les
architectes Percier et Fontaine se mirent au travail, mais
seul le soubassement fut achevé réellement. Une maquette grandeur
nature (en plâtre) fut néanmoins installée, provisoirement,
en 1813. Après la chute de l'Empereur, le pachyderme s'effritant,
fut interdit aux visites. Ce qui n’empêcha pas Victor Hugo
d’y faire se réfugier Gavroche dans « les Misérables »
(Quatrième partie - Livre sixième - Le petit Gavroche - Où
Gavroche tire parti de Napoléon le Grand). En réalité, en
1831, seul y avait encore accès le dénommé Levasseur, gardien
du bâtiment et qui logeait dans une des pattes de l'animal
!
La
carcasse du monstre fit frémir, une dernière fois, les parisiens
venus assister à sa démolition, en juillet 1836. Les ouvriers
démontant la sculpture géante furent en effet assaillis de
hordes de rats qui s’échappèrent alors des ruines. On raconte
que les rongeurs terrorisèrent le quartier durant des semaines
!
La
colonne actuelle, inaugurée le 28 avril 1840, rend hommage
aux 615 Parisiens abattus lors de la révolution de juillet
1830. Signée par les architectes Alavoine et Duc, elle repose
sur un massif circulaire en marbre blanc entouré d'une grille,
percé d'une porte qui mène à une galerie. Un escalier permet
d’accéder au balcon qui court 23 mètres plus haut. Au sommet,
le chapiteau de bronze porte une sphère dorée de laquelle
s'envole le « Génie de la Liberté » brandissant
le flambeau de la Civilisation. Celui là même que l’on apercevait,
naguère, sur les pièces de 10 F.
C’est
à ses pieds que sont disposés les deux grands sarcophages
de 13 mètres sur 2, contenant les restes des martyrs des Trois
Glorieuses et ceux de la révolution de 1848. Détail amusant,
on y dénombre aussi quelques momies égyptiennes. En effet,
les corps des victimes des fusillades du printemps 1848, ayant
été initialement entreposés dans les sous-sols du Louvre,
on leur adjoignit par erreur, des dépouilles de pharaons rapportées
cinquante ans plus tôt par les savants qui avaient suivi Bonaparte
lors de la campagne d'Egypte !
Baudouin
Eschapasse
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